Bananier-plantain : « des rendements allant jusqu’à 30 tonnes par hectare en un an contre 4-7 tonnes en milieu paysan»

1/3.Méconnu du grand public, le CARBAP, Centre africain de recherches sur bananiers plantains, actif en Afrique, possède la plus grande collection mondiale avec 621 variétés de bananes plantains donc 145 plantains.

Ce centre met sur pied des techniques innovantes comme celle permettant de produire entre 50 et 100 bananiers en trois mois contre 6 à 8 en 12 mois en utilisant les rejets. Dans cet entretien, Alain Fonin, chef de la division de la Coopération et de l’appui au développement du CARBAP nous parle du rôle joué par le centre, ses réalisations et surtout les opportunités…

Quel rôle joue le Centre africain de recherches sur Bananiers et plantains?

Le rôle du CARBAP (Centre africain de recherches sur Bananiers et plantains) est de Développer et diffuser des technologies et méthodes innovantes en vue d’améliorer durablement la productivité et la compétitivité des acteurs des filières bananes et plantains en Afrique centrale et occidentale. Ceci, en nous appuyant sur des opérations de Recherche régionale intégrée, de renforcement des capacités, d’appui au développement et aussi en effectuant un plaidoyer auprès des Etats membres, des Communautés économiques régionales, des donateurs, des acteurs du secteur privé et des organisations paysannes.

Qu’avez-vous fait jusqu’à présent ?

Avec l’appui de l’Union européenne et de la PHP, nous avons mis en la place la plus grande collection mondiale avec 621 variétés de banane et plantain dont 145 de plantain. Il s’agit d’un patrimoine génétique mondial conservé dans un champ de 4.5 ha dans notre station de Njombé.

 Des petites collections ont été mise en place dans 7 pays (Gabon, Congo, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Togo, Bénin et Ghana). Sur le plan de la création variétale, le CARBAP a développé et diffusé des hybrides à haut rendement. 

Dans la production… 

Dans le domaine des systèmes de production, nous sommes les créateurs de la technique PIF qui permet de produire entre 50 à 100 bananiers en trois mois contre 6 à 8 en 12 mois en utilisant les rejets. Cette technique a été largement adoptée et diffusée au Cameroun, dans toute la région Afrique Centrale et Occidentale, à Madagascar, en Nouvelle Calédonie, en Guadeloupe et en Amérique Latine.

Nous avons également mis au point des itinéraires techniques qui permettent d’obtenir des rendements allant jusqu’à 30 tonnes/hectare/an contre 4-7 tonnes en milieu paysan. Dans le domaine de la défense des cultures, nous avons mis au point des systèmes de contrôles des maladies et ravageurs (Maladie des Raies Noires, Charançons, Nématodes…) et nous intervenons dans la surveillance des maladies émergentes (Banana Bunchy Top Virus, Fusariose…). 

Sur la demande des firmes phytopharmaceutiques, nous effectuons les tests de bio efficacité et de pré vulgarisation en vue de la présentation des nouvelles molécules de pesticides sur bananiers et plantains aux commissions d’homologation au Cameroun. Fort de notre expertise dans ce domaine, nous avons rédigé sur la demande du CPAC (Comité Inter-Etat des Pesticides d’Afrique Centrale) les protocoles standard d’expérimentation en vue de leur utilisation dans tous les pays de l’Afrique Centrale. Dans le domaine de la transformation, nos recherches ont aboutis sur des procédés innovants pour la fabrication de farine, gâteau, confiture, pâtes alimentaires et chips de banane plantain.

Concrètement, qu’apportez-vous aux producteurs ?

Nous apportons aux producteurs des itinéraires techniques innovants, des semences de qualité, des variétés d’élite, des informations économiques sur la filière, de l’assistance et des conseils pour réussir dans leur plantation.

Des projets d’avenir pour le développement du bananier-plantain…

Nous envisageons la mise en place d’un incubateur à Njombé pour l’insertion de jeunes entrepreneurs, la création d’un laboratoire commercial de production de vitro plants de bananes et plantains en partenariat avec des investisseurs privés, la promotion de la vente du plantain en kilogramme, la fabrication d’emballage et de l’amidon à partir des résidus des hampes de plantains, la diffusion à grande échelle de l’utilisation de la farine de plantain dans les boulangeries et pâtisserie, la diffusion des technologies innovantes à travers des applications mobiles pour une meilleure inclusion de toutes les couches sociales dans les filières banane et plantain.

La transformation…

Nous souhaitons voir la filière plantain émerger avec un impact significatif sur le revenu des acteurs. La mise sur pied d’un label rigoureux de commercialisation du plantain devrait contraindre tous les acteurs à s’aligner sur les standards les plus exigeants en mettant les consommateurs au centre de leurs préoccupations. Ceci, sachant que la valorisation de cette culture produite localement est une alternative très crédible à l’importation de denrées qui contribuent au déséquilibre des balances commerciales de nos Etats.

Propos recueillis par Théophile Minlo

 

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