Il faut «révolutionner l’agro numérique pour une Afrique grenier du monde»

Charlotte Libog a quitté son job à Microsoft, pour suivre la voix de sa passion. Militante et entrepreneure, la diplômée en e-business se confie sur ses combats et convictions quotidiens dans l’agrobusiness en Afrique.

Quels plaidoyers avez-vous déjà porté auprès des dirigeants africains et quelles étaient leurs issues ?

Aujourd’hui, toutes les idées contrastent avec le fait que nos pays en général importent massivement ce qui est consommé. Ce qui déséquilibre complètement nos balances commerciales et ce qui ne nous permet pas de générer une véritable croissance. Selon la Cfao, le taux d’importation en Afrique a augmenté de 17% soit un montant de 44 millions d’Euro au total en un an. C’est la raison pour laquelle avec un collectif de cadres africains, nous avons mis en place la plate-forme, Afrique grenier du monde, qui mène une promotion pour l’investissement dans l’ensemble de la chaine de valeur en Afrique. En termes de résultats, nous pouvons dire que nous constituions en matière d’information, un acteur incontournable, de sensibilisation sur l’Afrique en tant que grenier du monde. Nous tenons aussi tous les ans, une rencontre dédiée où on parle des opportunités d’investissements en Afrique à travers le numérique.

Quelle est la place de la femme dans cette révolution agricole ?

La femme occupe une place cruciale dans ce lourd challenge. Toutes les institutions au niveau internationales le reconnaissent, les dirigeants politiques aussi. La femme et le jeune sont des acteurs incontournables de cette révolution agricole. Mais au-delà du discours, il faut passer à l’action pour inciter les dirigeants à mettre des moyens favorisant l’entrepreneuriat féminin dans l’agricole. Cela reste une utopie encore. C’est un parcours du combattant. Je le dis en tant que entrepreneur agricole et militante. Je dis aux femmes, levons nous, passons à l’action et gagnons.

Avez-vous le sentiment 5 ans après, que  votre travail en faveur de la révolution agricole en Afrique a porté des fruits ? Si oui lesquels ?

Il est clair que si au bout de 5 ans, notre action ne portait pas de fruits, on aurait arrêté. Nous travaillons à la sensibilisation à travers des forums, des conférences, un club d’agro businessman qui aide à l’accompagnement des entrepreneurs agricoles dans l’élaboration de leur business plan, recherche des financements, partenaires commerciaux etc. en 5 ans, on est de plus en plus écouté par des jeunes, femmes, politiques etc. Je puis vous garantir que c’est une Afrique qui bouge et avance. Mais il faut continuer de travailler et ne pas oublier que nous sommes face à 30 ans de politique inadaptée. Donc il faut être patient.

D’où est partie le déclic ? Avec votre diplôme en e-business, vous aurez pu travailler dans une entreprise et gagner beaucoup d’argent. Pourquoi ce penchant pour l’agriculture en particulier?

La question me fait sourire parce que cet après-midi, j’ai consulté le top 20 des milliardaires du monde. Il n’y avait pas un seul salarié. Pour faire plaisir aux parents, on fait des études. J’ai fait un master en e-business il y a plus de 10 ans. Ce diplôme m’a fait prendre conscience du réel potentiel qu’offrait le numérique dans le monde des affaires. J’ai travaillé dans des entreprises pour acquérir la culture d’entreprise. Même en poste, je faisais dans la commercialisation des produits artisanaux africains. Gagner beaucoup d’argent en tant qu’entrepreneure, je ne pense pas que ce soit possible mais gagner de l’argent en tant que entrepreneur, oui c’est une possibilité. C’est ce que je fais au quotidien en m’entourant des personnes qui ont faim de changer le monde. Je suis convaincu à 4000% que c’est possible de gagner beaucoup d’argent en tant que entrepreneur agricole ; comme le disait le président de la Bad Akinwumi Adesina, les futurs millionnaires et milliardaires de continent émaneront d’un secteur clé qui est celui de l’agriculture.

Comment appréciez-vous l’implication des femmes camerounaises et africaines dans l’agriculture de nos jours ?

Elles y sont engagées. On les retrouve dans les marchés à travers la commercialisation des produits à grandes échelles, dans la production en zone rurale où elles assurent plus de 70% de la production locale. Notre combat  à travers notre plate-forme, c’est d’amener ces femmes à passer de la culture de subsistance à la création des richesses. Il faudrait que nos états puissent attribuer à ces femmes et jeunes le statut d’entrepreneurs agricoles qui est beaucoup plus valorisant et les aider à financer leurs activités.

Comment arrivez-vous en tant que femme à concilier toutes vos activités et trouver un équilibre pour votre famille ?

Question importante parce que sur 10 femmes leaders, il y en a 8 qui se retrouvent soit seule soit avec une famille qui prend un coup. C’est un sacrifice mais il faut gérer. A titre personnel, je m’organise avec l’implication et l’aide précieuse de mon époux. Ce que je fais aujourd’hui, je n’aurai pas pu le faire il y a une dizaine d’années parce que j’avais des enfants en bas âge. Je pense que pour la femme qui aspire à libérer son potentiel leadership de manière sereine, il est important de planifier  et d’impliquer le conjoint. Cela lui permet de comprendre. Par exemple quand je vais à mes réunions le soir, je demande à mon époux de m’accompagner quand il le peut pour qu’il sache où je vais, pourquoi je rentre tard.

Quel est l’impact du numérique dans l’agrobusiness de nos jours ?

Le numérique est une chance énorme pour l’Afrique. C’est une population de 70% jeunes qui ont adopté l’outil numérique. Susciter des entrepreneurs agricoles dans les productions, commercialiser des produits agricoles, la transformation, innovation, finances agricoles, conseils, assurance, financement…à travers de nombreuses appli, la création des sites internet, des formations en ligne. Il  faut penser  à une révolution agro numérique pour une Afrique capable de nourrir le monde.  

Propos recueillis par Adeline Tchouakak

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